Entretien avec Fred Arild Pettersen sur le centenaire de la coopération franco-norvégienne en matière d’éducation

Fred Arild Pettersen
Fred Arild Pettersen

La Norvège et la France célèbrent en 2018 les cent ans de coopération dans le domaine de l'éducation. Fred Arild Pettersen est conseiller aux Affaires d’éducation et de recherche près l’ambassade de Norvège à Paris et Directeur de la Maison de Norvège à la Cité Universitaire. Il nous parle de l’histoire de cette coopération, et de la façon dont elle a évolué au cours de ces cent ans.

En 2018, la Norvège et la France célèbrent un siècle de coopération dans le domaine de l'éducation. Pouvez-vous nous en dire plus sur l’histoire de cette collaboration, et comment tout a commencé ?

Vers la fin de la Première Guerre mondiale, la France a invité des élèves de plusieurs pays autour de l'Allemagne à poursuivre leur enseignement secondaire en France. C’est ainsi qu’ont été créées des sections scandinaves dans plusieurs lycées du pays. Parmi elles, seules les sections norvégiennes sont toujours opérationnelles aujourd’hui.

À l'été 1918, des annonces ont donc été publiées dans les journaux norvégiens qui faisaient part de ce cursus dispensé en France. 160 jeunes hommes postulèrent, parmi lesquels 45 furent choisis. Après leur admission, ces garçons ont rejoint Bergen pour un départ en bateau vers l'Ecosse. Puis ce fut le train à travers la Grande-Bretagne, et le bateau vers la France. L'objectif était d’intégrer un lycée du Havre, mais alors que les jeunes Norvégiens étaient en route, ce lycée fut réquisitionné pour servir comme hôpital de campagne, entre autres pour soigner des soldats belges blessés et des réfugiés. Il ne fut donc pas possible à ces premiers élèves norvégiens d’intégrer ce lycée, et c’est la raison pour laquelle il leur fut finalement proposé de se rendre à Rouen, qui avait un lycée avec internat, et qui les accueillit. Dans les années 1900, Rouen était une grande ville portuaire dans laquelle faisaient escale de nombreux navires norvégiens. Dès 1912 d’ailleurs, un pasteur norvégien pour les marins y était en poste. Ainsi donc, et depuis 1918, chaque année, excepté pendant la Seconde Guerre mondiale, des élèves norvégiens ont été admis au Lycée Pierre Corneille à Rouen. Cette coopération célèbre cette année son 100ème anniversaire, une célébration qui aura lieu précisément le 24 septembre 2018, jour même de l'arrivée des élèves à Rouen.

C'était vraiment une aventure que celle dans laquelle se sont lancés ces garçons. Ils étaient jeunes, la Première Guerre mondiale n'était pas encore terminée, et le changement de lycée du Havre à Rouen posait bien des défis. Par exemple, les garçons n'eurent pas de livres avant Noël, et ils eurent également à déplorer le peu de nourriture dans les premiers temps.

 

Quelle est l’étendue de cette coopération en matière éducation ?

Dans les années 1918, ils étaient environ 800 chaque année scolaire à entrer au lycée en Norvège. L'admission de 45 élèves dans l'enseignement secondaire en France représentait ainsi une proportion non négligeable de ceux qui étaient scolarisés en Norvège à l'époque, soit environ 5 %. Dans cette perspective, l'offre de la France apparaît comme très généreuse et importante. Au début, seuls des garçons furent inscrits au lycée. Mais avec le temps émergea le souhait que l'offre s'adressât également aux jeunes filles, et en 1979, une section norvégienne à Bayeux ouvrit pour elles. L’accord fut de nouveau étendu en 1989 avec la création d'une section norvégienne à Lyon. Actuellement, les sections de Rouen et de Lyon sont ouvertes tant aux garçons qu’aux filles, tandis que la section de Bayeux n'accueille toujours que des filles. Chaque année, jusqu’à 22 élèves sont accueillis par ces trois sections. Pour cette année 2018 où l’on célèbrera le centenaire, l'intérêt est plus grand que par les années précédentes. Les connaissances en français ne sont pas obligatoires pour être retenu, mais les élèves suivent un cours préparatoire en Norvège l'été précédant leur première année en France. Dans chacune des sections, un chef de section norvégien enseigne aux élèves le norvégien et le français. Les élèves intègrent les classes françaises ordinaires, mais un cours supplémentaire en français et en mathématiques est dispensé la première année. Les deux dernières années sont intégrées dans l'école française, à l'exception de l'enseignement complémentaire en norvégien. Les élèves passent un diplôme français à part entière (le bac), mais avec le norvégien comme langue étrangère.

 

Comment le 100ème anniversaire sera-t-il célébré ?

Une cérémonie solennelle sera organisée à Rouen le 24 septembre 2018, exactement 100 ans après l'arrivée des premiers garçons. Le week-end qui précède, l’association des anciens élèves - « les Anciens » -, organise une rencontre pour fêter le centenaire. En outre, une conférence sur la France a été organisée en Norvège pour les enseignants, les conseillers et les autorités scolaires sur le français comme matière enseignée à l'école et l'importance du français. Lors de la Conférence internationale annuelle du Centre norvégien pour la coopération internationale dans l’enseignement supérieur (SIU), une session avait pour thème la France et l'éducation en France, ainsi que la façon dont les institutions norvégiennes et françaises peuvent étendre leur coopération et développer les échanges d'étudiants et de personnel. Dans le cadre de cette célébration du centenaire, une conférence sur la recherche et l'enseignement supérieur sera également organisée à Paris, avec des participants norvégiens et français. Un livre bilingue d'images et de textes sera également publié sur l'école, la section et l'histoire de la section.

Aujourd'hui, la coopération en matière d’éducation entre la Norvège et la France est une coopération bien établie et structurée qui permet aux jeunes Norvégiens de bénéficier d’une bonne formation, d’apprendre une langue importante et d'acquérir des connaissances de première main en ce qui concerne la culture d'un autre pays. De très nombreux anciens étudiants occupent des postes importants dans des entreprises publiques et privées, et cet accord de coopération répond parfaitement au besoin d’enseignement du français en Norvège. Pour le simple lycéen, c’est une aventure, même si elle comporte des exigences, mais pour nos deux pays, c’est également un important outil de coopération.

 

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